L’été qui a fabriqué un monstre
En 1816, Lord Byron loue la villa Diodati, au bord du lac de Genève, avec Percy Bysshe Shelley, Mary Godwin et son jeune médecin, John Polidori. Le mauvais temps les enferme. Un concours d’histoires de fantômes donne une forme à cet été étrange.
Byron commence un fragment puis l’abandonne. Mary Godwin développe son idée et en tire Frankenstein. Polidori reprend le fragment au sérieux et change d’échelle. Son vampire n’est pas un cadavre qui hante un village. C’est Lord Ruthven, un aristocrate soigné qui entre dans un salon, tient une conversation et laisse derrière lui une suite de vies brisées.
Un récit publié sous le nom de Byron
Le Vampyre paraît en 1819 dans The New Monthly Magazine avec la fausse attribution « A Tale by Lord Byron ». Polidori a écrit le récit, mais le nom de Byron est trop vendeur pour être résistant à l’erreur. La première impression circule avant que l’auteur puisse réellement la corriger.
Polidori écrit au magazine. Une rectification paraît le mois suivant, mais le premier récit a déjà voyagé. La confusion est renforcée par le nom de Lord Ruthven, emprunté à Glenarvon, le roman à scandale qui caricaturait Byron. Le vampire littéraire moderne naît avec une querelle de signature dans sa légende.
La silhouette qui a survécu
Polidori meurt en 1821, à vingt-cinq ans. Le nom de Byron continue de s’accrocher aux éditions pirates, tandis que la contribution de Polidori se fond progressivement dans l’histoire de la littérature gothique. L’aristocrate vampire, lui, reste.
C’est ce qui rend le vampire littéraire si intéressant à regarder. La figure conserve la mémoire d’une transformation : le folklore devient une mode, la prédation devient séduction, et la créature nocturne apprend à s’habiller pour le salon.


